Introduction à la langue et à la tradition orale quechua. ITIER, César

Chapitre

Titre: Présentation
Durée: 00:06:46   [00:00:00 > 00:06:46]
Genre: Entretien filmé
César Itier revient sur son parcours intellectuel. Il a fait des études d’espagnol à Aix-en-Provence, où il a été l’élève de Pierre Duviols, qui lui a proposé d’axer son sujet de mémoire autour du théâtre quechua à Cuzco. Par la suite, César Itier a ressenti le besoin d’élargir son thème de travail, en s'intéressant à la littérature orale locale. Les études sur le quechua étant peu nombreuses, il est donc nécessaire d’être polyvalent.
Titre: La famille de langue quechua
Durée: 00:06:18   [00:06:46 > 00:13:04]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
En linguistique, les langues indigènes d’Amérique du Sud sont appelées : les langues amérindiennes, mais en réalité, il ne s’agit pas d’une seule grande famille. Parmi ces langues amérindiennes, le quechua ne semble s’apparenter à aucune autre langue connue. César Itier explique que la raison à cela est que le quechua pourrait lui-même être une famille de langue. L’aymara, une autre langue amérindienne, partage beaucoup de points communs avec le quechua, notamment le vocabulaire et la structure syntaxique. Mais le contact prolongé et les liens étroits entre les deux cultures semblent être les seules raisons pour ces similitudes.
Titre: Recherche linguistique sur le quechua
Durée: 00:03:03   [00:13:04 > 00:16:07]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
En dialectologie, afin d’étudier précisément le quechua, il est nécessaire de disposer de bonnes descriptions des dialectes proches et des variantes de la langue. Le quechua dispose actuellement de peu de descriptions dialectologiques. Dans certaines régions du Pérou, la langue quechua est également en train de reculer face à l'espagnol. Ce sont autant de témoignages et d’indices sur l’histoire de la langue et de la culture qui disparaissent.
Titre: Description des langues quechua
Durée: 00:03:51   [00:16:07 > 00:19:58]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Au début des années 1960, le fondateur de la linguistique andine, Alfredo Torero, a publié une classification des dialectes quechua, dans laquelle il propose deux grands groupes : le quechua I et II, géographiquement délimités. Dans les années 1980, un linguiste australien, Gérald Taylor, admit qu'il existait des dialectes mixtes, c'est à dire qui présentent des caractéristiques du quechua I et II, dans certaines zones - notamment dans la région de Lima qui apparaît comme une zone de transition. D'après les recensements les plus récents, le nombre de locuteurs seraient d'environ 10 millions de personnes, ce qui fait du quechua la première famille linguistique d'Amérique du sud.
Titre: La langue des Incas ?
Durée: 00:10:50   [00:19:58 > 00:30:48]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Depuis le XVIe siècle, jusqu'au début du XXe siècle, l’idée que les Incas (groupe ethnique qui occupait une vallée dans la région de Cuzco) étaient à l'origine de la diffusion de la langue quechua était largement répandue. Aujourd'hui on sait que celle-ci avait commencé bien avant, et que les Incas n’utilisaient le quechua que comme langue véhiculaire. Le premier foyer de la langue semble même être situé loin de Cuzco, entre Lima et les Andes du centre nord - à Ancash. Datant de l’époque dite "horizon ancien" (500-200 BC), la culture Chavín pourrait avoir été le véhicule de la première expansion du quechua. Cette diffusion ancienne expliquerait le haut degré de différence entre les dialectes quechua.
Titre: Structure et dialectologie des langues quechuas
Durée: 00:05:38   [00:30:48 > 00:36:26]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Les différences entre les dialectes quechuas I et II sont surtout d'ordres lexical et phonologique; le système grammatical et la syntaxe sont similaires. Le quechua est une langue à tendance agglutinante qui procède par juxtaposition de suffixes sur une base verbale ou nominale. Ces suffixes expriment soit des valeurs grammaticales, soit des valeurs sémantiques, la plupart ne correspondent qu'à un seul signifié ce qui rend la langue assez transparente. Comme Georges Dumézil l'avait déjà remarqué, le quechua est structurellement très proche du turc. Les dialectes quechua II (parlés au nord et au sud) ont visiblement reçu l'influence d'une langue de substrat ayant entraîné une modification lexicale et phonologique importante. Il existe également de nombreux phénomènes de simplifications dans le quechua II, parce que ce dialecte a surtout servi de langue véhiculaire. D'une façon générale, on peut dire que les dialectes de quechua I sont probablement plus proches de la protolangue telle qu'on peut la reconstruire aujourd'hui.
Titre: Le temps et l’espace dans la langue
Durée: 00:05:11   [00:36:26 > 00:41:37]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
La langue quechua a une morphologie verbale très riche, mais elle s'intéresse peu au temps, il n'y a pas de présent, peu de passé. En revanche, la langue exprime l'orientation des processus dans l'espace. Il existe donc tout un ensemble de suffixes pour exprimer l'orientation et la place des actants dans l'espace, cette inscription dans l'espace concerne tous les rapports que peuvent y entretenir les individus.
Titre: La narration des contes
Durée: 00:03:06   [00:41:37 > 00:44:43]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
La question des caractéristiques de représentation dans l'espace est tout particulièrement visible dans la narration des contes quechuas. Il est important pour le conteur de rendre compte de "l'être ensemble". Les personnages sont en face de nous. Le conteur ne s'impose pas comme narrateur omniscient, il ne connait pas la pensée des personnages, il ne peut en faire que des conjectures. Comme nous, il est témoin de la scène.
Titre: Problèmes de traduction
Durée: 00:03:30   [00:44:43 > 00:48:13]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Dans la traduction de textes quechuas en langues occidentales, on est obligé de taire la spatialisation existante dans les textes originaux. A l'inverse, on est obligé d'ajouter toute une série de mots caractérisant le temps, que le quechua n'exprime pas. Il est possible d’adapter ces modifications à l’usage qui va être fait des textes : certaines traduction pourraient permettre simplement de prendre connaissance du récit tandis que d'autres rendraient compte de la structure de la langue et de certains autres aspects nécessaires à une compréhension plus complète du sens. Ces difficultés font que l'on trouve peu de contes traduits, d'autant plus que les ethnologues ont très peu recueilli de traditions orales, ce sont surtout les linguistes, peu nombreux, qui font ce travail.
Titre: Evolution de la situation linguistique des langues quechua
Durée: 00:05:25   [00:48:13 > 00:53:38]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Même avec dix millions de locuteurs, le pourcentage de la population qui parle quechua diminue régulièrement, du fait de la migration rurale vers les villes (du Pérou vers Lima) qui a commencé à partir du milieu du XXe siècle. Les migrants de la campagne ont été "obligés" de se débarrasser des stigmates de leurs origines sociales refusant de transmettre le quechua à leurs enfants, allant parfois jusqu’à nier leur connaissance de la langue. Cette honte de parler quechua commence tout juste à s'estomper notamment pour deux raisons : a) une partie des migrants a pu faire des études, ce qui leur a fait prendre conscience de la valeur de leur culture et b) la mondialisation a relancé l’intérêt pour les patrimoines locaux. C'est surtout la transmission intergénérationnelle qui pose toujours problème dans les villes. Les gens ont le sentiment que le quechua pourrait gêner l'intégration de leurs enfants à la vie citadine.
Titre: Les politiques d’éducation bilingue
Durée: 00:03:42   [00:53:38 > 00:57:20]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Depuis la fin des années 1990, le Pérou expérimente l’éducation bilingue. Il est encore difficile d'évaluer l'impact de cette initiative sur les locuteurs. Cette éducation rencontre beaucoup de difficultés, parce que les manuels sont pensés en espagnol, ils sont difficilement compréhensibles pour les enfants et envahis de néologismes. Les attitudes linguistiques des éducateurs sont elles aussi souvent négatives. Beaucoup de parents d'élèves pensent que ce système n'est pas vraiment "interculturel" dans la mesure où les écoles citadines ne proposent pas cette éducation bilingue.
Titre: Les Khipus, système d’écriture andin
Durée: 00:08:09   [00:57:20 > 01:05:29]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
On dit généralement que les sociétés du Pérou n'auraient pas développé de civilisations d'écriture (comme les Mayas par exemple). Mais les anciens Péruviens connaissaient bien un système d’écriture : les khipus, cordelettes attachées les unes aux autres et avec lesquelles on faisait des nœuds de différentes sortes et de différentes couleurs. Ces khipus n'ont pas été réellement déchiffrés. Récemment Gary Urton a analysé le processus d'élaboration des khipus et a montré que celui-ci se faisait selon une série de choix successifs binaires. On sait qu'il existait des khipus comptables et narratifs, certains de ces khipus comptables ont été utilisés jusqu'au début du XIXe siècle. L'état colonial a encouragé leur utilisation en exemptant les comptables du tribut. Aujourd'hui même si certaines communautés en détiennent, elles ne savent plus les lire et les utilisent seulement à des fins rituelles.
Titre: Transcription et écriture du quechua
Durée: 00:05:27   [01:05:29 > 01:10:56]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Le quechua s'écrit maintenant en caractères latins alors que le système phonologique du quechua est très différent de nos langues. Dès 1580, un système graphique adapté aux locuteurs a été élaboré, système qui restera en vigueur jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Ce n'est qu'au milieu du XXe siècle qu'une unification et simplification des systèmes a été réellement mise en place. Ce système est de type phonologique et est actuellement utilisé au Pérou et en Bolivie.
Titre: Pratique de l’écriture et de la lecture
Durée: 00:03:45   [01:10:56 > 01:14:41]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
La pratique de la lecture reste assez limitée. Les protestants lisent beaucoup la Bible et l'offrent dans des communautés, ce qui en fait l’outil principal de lecture en quechua. On trouve peu de productions littéraires : une poésie pratiquement toujours éditée en version bilingue, ainsi que quelques contes et nouvelles. Il existe une prose narrative de création, dont trois des principaux auteurs sont Porfirio Meneses, Jose Oregon Morales et Socrates Sonana au Pérou, mais elle reste très marginale. Le passage à l'écrit modifie l’espace de la narration, il n’y a plus de vis-à-vis, cependant, on remarque que la conception traditionnelle de l’espace se maintient d’une certaine façon.
Titre: Le quechua dans les médias
Durée: 00:06:21   [01:14:41 > 01:21:02]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Les Equatoriens ont élaboré une sorte de quechua standard - utilisé pour la radio, la presse, etc. - appelé le "quechua unificado". Dans les années 1970, le quotidien péruvien "Crónica" publiait un supplément hebdomadaire quechua qui s'appelait "Crónicawan". Phénomène similaire, en Bolivie, le quotidien "La Prensa" publiait de façon hebdomadaire un supplément trilingue, aymara, quechua et guaraní. Malheureusement, ce supplément n'existe plus qu'en aymara. En Bolivie toujours, quelques émissions de télévision étaient diffusées en quechua. Dans la plupart des pays quechuaphones, de nombreuses radios sont également diffusées. On constate maintenant dans ces pays, un intérêt pour la langue qui n'existait pas avant. Ainsi, beaucoup essayent de la réapprendre et de produire de la littérature. Peut-être assistons-nous à l'émergence d'une dynamique qui pourrait inverser la tendance du phénomène de non transmission de la langue.
Titre: Le vrai quechua ?
Durée: 00:06:30   [01:21:02 > 01:27:32]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Le processus de folklorisassion, que nous constatons de nos jours, est préjudiciable à la langue dans la mesure où cette tendance pousse la jeunesse à considérer le quechua comme une relique du passé, sans prestige pour la modernité. L'Académie Péruvienne de la langue quechua, créée en 1953, qui a de nombreuses succursales au Pérou, en Bolivie et en Argentine, est héritière du nationalisme incaïque du XIXe siècle. Elle soutient que les paysans ne savent plus parler quechua (mais qu'ils pratiqueraient un "quechuagnole", métissage de la langue) et que seule l'Académie est dépositaire de la langue des Incas (version purifiée qui n'est pas pratiquée quotidiennement). De nombreux locuteurs ont intégré cette idée, ce qui contribue à rompre la transmission intergénérationnelle par refus de transmettre une langue qui ne serait pas "pure".
Titre: Le théâtre andin
Durée: 00:07:30   [01:27:32 > 01:34:40]
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Le théâtre est un genre littéraire importé, qui a connu un grand succès et s'est ainsi trouvé intégré à la tradition andine. Il existait, depuis le XVIIe siècle et jusqu'aux années 1950-1960, des représentations de pièces en quechua dans les zones urbaines. Parallèlement, dans les villages, des représentations théâtrales, portant sur le thème de la capture et de l'exécution du dernier roi inca Atahualpa, étaient intégrées à des fêtes religieuses locales. Ce thème, dont l'origine est espagnole, les "moros y cristianos", a été modifié par l'apport d'éléments autochtones. Dans les villes, le théâtre était proche du théâtre savant occidental mais il avait intégré des éléments lyriques et de styles (images, métaphores, etc.) locaux.

17 chapitres.
  • Entretien filmé. César Itier revient sur son parcours intellectuel. Il a fait des études d’espagnol à Aix-en-Provence, où il a été l’élève de Pierre Duviols, qui lui a proposé d’axer son sujet de mémoire autour du théâtre quechua à Cuzco. Par la suite, César Itier a ressenti le besoin d’élargir son thème de travail, en s'intéressant à la littérature orale locale. Les études sur le quechua étant peu nombreuses, il est donc nécessaire d’être polyvalent.
  • Entretien filmé. En linguistique, les langues indigènes d’Amérique du Sud sont appelées : les langues amérindiennes, mais en réalité, il ne s’agit pas d’une seule grande famille. Parmi ces langues amérindiennes, le quechua ne semble s’apparenter à aucune autre langue connue. César Itier explique que la raison à cela est que le quechua pourrait lui-même être une famille de langue. L’aymara, une autre langue amérindienne, partage beaucoup de points communs avec le quechua, notamment le vocabulaire et la structure syntaxique. Mais le contact prolongé et les liens étroits entre les deux cultures semblent être les seules raisons pour ces similitudes.
  • Entretien filmé. En dialectologie, afin d’étudier précisément le quechua, il est nécessaire de disposer de bonnes descriptions des dialectes proches et des variantes de la langue. Le quechua dispose actuellement de peu de descriptions dialectologiques. Dans certaines régions du Pérou, la langue quechua est également en train de reculer face à l'espagnol. Ce sont autant de témoignages et d’indices sur l’histoire de la langue et de la culture qui disparaissent.
  • Entretien filmé. Au début des années 1960, le fondateur de la linguistique andine, Alfredo Torero, a publié une classification des dialectes quechua, dans laquelle il propose deux grands groupes : le quechua I et II, géographiquement délimités. Dans les années 1980, un linguiste australien, Gérald Taylor, admit qu'il existait des dialectes mixtes, c'est à dire qui présentent des caractéristiques du quechua I et II, dans certaines zones - notamment dans la région de Lima qui apparaît comme une zone de transition. D'après les recensements les plus récents, le nombre de locuteurs seraient d'environ 10 millions de personnes, ce qui fait du quechua la première famille linguistique d'Amérique du sud.
  • Entretien filmé. Depuis le XVIe siècle, jusqu'au début du XXe siècle, l’idée que les Incas (groupe ethnique qui occupait une vallée dans la région de Cuzco) étaient à l'origine de la diffusion de la langue quechua était largement répandue. Aujourd'hui on sait que celle-ci avait commencé bien avant, et que les Incas n’utilisaient le quechua que comme langue véhiculaire. Le premier foyer de la langue semble même être situé loin de Cuzco, entre Lima et les Andes du centre nord - à Ancash. Datant de l’époque dite "horizon ancien" (500-200 BC), la culture Chavín pourrait avoir été le véhicule de la première expansion du quechua. Cette diffusion ancienne expliquerait le haut degré de différence entre les dialectes quechua.
  • Entretien filmé. Les différences entre les dialectes quechuas I et II sont surtout d'ordres lexical et phonologique; le système grammatical et la syntaxe sont similaires. Le quechua est une langue à tendance agglutinante qui procède par juxtaposition de suffixes sur une base verbale ou nominale. Ces suffixes expriment soit des valeurs grammaticales, soit des valeurs sémantiques, la plupart ne correspondent qu'à un seul signifié ce qui rend la langue assez transparente. Comme Georges Dumézil l'avait déjà remarqué, le quechua est structurellement très proche du turc. Les dialectes quechua II (parlés au nord et au sud) ont visiblement reçu l'influence d'une langue de substrat ayant entraîné une modification lexicale et phonologique importante. Il existe également de nombreux phénomènes de simplifications dans le quechua II, parce que ce dialecte a surtout servi de langue véhiculaire. D'une façon générale, on peut dire que les dialectes de quechua I sont probablement plus proches de la protolangue telle qu'on peut la reconstruire aujourd'hui.
  • Entretien filmé. La langue quechua a une morphologie verbale très riche, mais elle s'intéresse peu au temps, il n'y a pas de présent, peu de passé. En revanche, la langue exprime l'orientation des processus dans l'espace. Il existe donc tout un ensemble de suffixes pour exprimer l'orientation et la place des actants dans l'espace, cette inscription dans l'espace concerne tous les rapports que peuvent y entretenir les individus.
  • Entretien filmé. La question des caractéristiques de représentation dans l'espace est tout particulièrement visible dans la narration des contes quechuas. Il est important pour le conteur de rendre compte de "l'être ensemble". Les personnages sont en face de nous. Le conteur ne s'impose pas comme narrateur omniscient, il ne connait pas la pensée des personnages, il ne peut en faire que des conjectures. Comme nous, il est témoin de la scène.
  • Entretien filmé. Dans la traduction de textes quechuas en langues occidentales, on est obligé de taire la spatialisation existante dans les textes originaux. A l'inverse, on est obligé d'ajouter toute une série de mots caractérisant le temps, que le quechua n'exprime pas. Il est possible d’adapter ces modifications à l’usage qui va être fait des textes : certaines traduction pourraient permettre simplement de prendre connaissance du récit tandis que d'autres rendraient compte de la structure de la langue et de certains autres aspects nécessaires à une compréhension plus complète du sens. Ces difficultés font que l'on trouve peu de contes traduits, d'autant plus que les ethnologues ont très peu recueilli de traditions orales, ce sont surtout les linguistes, peu nombreux, qui font ce travail.
  • Entretien filmé. Même avec dix millions de locuteurs, le pourcentage de la population qui parle quechua diminue régulièrement, du fait de la migration rurale vers les villes (du Pérou vers Lima) qui a commencé à partir du milieu du XXe siècle. Les migrants de la campagne ont été "obligés" de se débarrasser des stigmates de leurs origines sociales refusant de transmettre le quechua à leurs enfants, allant parfois jusqu’à nier leur connaissance de la langue. Cette honte de parler quechua commence tout juste à s'estomper notamment pour deux raisons : a) une partie des migrants a pu faire des études, ce qui leur a fait prendre conscience de la valeur de leur culture et b) la mondialisation a relancé l’intérêt pour les patrimoines locaux. C'est surtout la transmission intergénérationnelle qui pose toujours problème dans les villes. Les gens ont le sentiment que le quechua pourrait gêner l'intégration de leurs enfants à la vie citadine.
  • Entretien filmé. Depuis la fin des années 1990, le Pérou expérimente l’éducation bilingue. Il est encore difficile d'évaluer l'impact de cette initiative sur les locuteurs. Cette éducation rencontre beaucoup de difficultés, parce que les manuels sont pensés en espagnol, ils sont difficilement compréhensibles pour les enfants et envahis de néologismes. Les attitudes linguistiques des éducateurs sont elles aussi souvent négatives. Beaucoup de parents d'élèves pensent que ce système n'est pas vraiment "interculturel" dans la mesure où les écoles citadines ne proposent pas cette éducation bilingue.
  • Entretien filmé. On dit généralement que les sociétés du Pérou n'auraient pas développé de civilisations d'écriture (comme les Mayas par exemple). Mais les anciens Péruviens connaissaient bien un système d’écriture : les khipus, cordelettes attachées les unes aux autres et avec lesquelles on faisait des nœuds de différentes sortes et de différentes couleurs. Ces khipus n'ont pas été réellement déchiffrés. Récemment Gary Urton a analysé le processus d'élaboration des khipus et a montré que celui-ci se faisait selon une série de choix successifs binaires. On sait qu'il existait des khipus comptables et narratifs, certains de ces khipus comptables ont été utilisés jusqu'au début du XIXe siècle. L'état colonial a encouragé leur utilisation en exemptant les comptables du tribut. Aujourd'hui même si certaines communautés en détiennent, elles ne savent plus les lire et les utilisent seulement à des fins rituelles.
  • Entretien filmé. Le quechua s'écrit maintenant en caractères latins alors que le système phonologique du quechua est très différent de nos langues. Dès 1580, un système graphique adapté aux locuteurs a été élaboré, système qui restera en vigueur jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Ce n'est qu'au milieu du XXe siècle qu'une unification et simplification des systèmes a été réellement mise en place. Ce système est de type phonologique et est actuellement utilisé au Pérou et en Bolivie.
  • Entretien filmé. La pratique de la lecture reste assez limitée. Les protestants lisent beaucoup la Bible et l'offrent dans des communautés, ce qui en fait l’outil principal de lecture en quechua. On trouve peu de productions littéraires : une poésie pratiquement toujours éditée en version bilingue, ainsi que quelques contes et nouvelles. Il existe une prose narrative de création, dont trois des principaux auteurs sont Porfirio Meneses, Jose Oregon Morales et Socrates Sonana au Pérou, mais elle reste très marginale. Le passage à l'écrit modifie l’espace de la narration, il n’y a plus de vis-à-vis, cependant, on remarque que la conception traditionnelle de l’espace se maintient d’une certaine façon.
  • Entretien filmé. Les Equatoriens ont élaboré une sorte de quechua standard - utilisé pour la radio, la presse, etc. - appelé le "quechua unificado". Dans les années 1970, le quotidien péruvien "Crónica" publiait un supplément hebdomadaire quechua qui s'appelait "Crónicawan". Phénomène similaire, en Bolivie, le quotidien "La Prensa" publiait de façon hebdomadaire un supplément trilingue, aymara, quechua et guaraní. Malheureusement, ce supplément n'existe plus qu'en aymara. En Bolivie toujours, quelques émissions de télévision étaient diffusées en quechua. Dans la plupart des pays quechuaphones, de nombreuses radios sont également diffusées. On constate maintenant dans ces pays, un intérêt pour la langue qui n'existait pas avant. Ainsi, beaucoup essayent de la réapprendre et de produire de la littérature. Peut-être assistons-nous à l'émergence d'une dynamique qui pourrait inverser la tendance du phénomène de non transmission de la langue.
  • Entretien filmé. Le processus de folklorisassion, que nous constatons de nos jours, est préjudiciable à la langue dans la mesure où cette tendance pousse la jeunesse à considérer le quechua comme une relique du passé, sans prestige pour la modernité. L'Académie Péruvienne de la langue quechua, créée en 1953, qui a de nombreuses succursales au Pérou, en Bolivie et en Argentine, est héritière du nationalisme incaïque du XIXe siècle. Elle soutient que les paysans ne savent plus parler quechua (mais qu'ils pratiqueraient un "quechuagnole", métissage de la langue) et que seule l'Académie est dépositaire de la langue des Incas (version purifiée qui n'est pas pratiquée quotidiennement). De nombreux locuteurs ont intégré cette idée, ce qui contribue à rompre la transmission intergénérationnelle par refus de transmettre une langue qui ne serait pas "pure".
  • Entretien filmé. Le théâtre est un genre littéraire importé, qui a connu un grand succès et s'est ainsi trouvé intégré à la tradition andine. Il existait, depuis le XVIIe siècle et jusqu'aux années 1950-1960, des représentations de pièces en quechua dans les zones urbaines. Parallèlement, dans les villages, des représentations théâtrales, portant sur le thème de la capture et de l'exécution du dernier roi inca Atahualpa, étaient intégrées à des fêtes religieuses locales. Ce thème, dont l'origine est espagnole, les "moros y cristianos", a été modifié par l'apport d'éléments autochtones. Dans les villes, le théâtre était proche du théâtre savant occidental mais il avait intégré des éléments lyriques et de styles (images, métaphores, etc.) locaux.
Titre: Introduction à la langue et à la tradition orale quechua
Auteur(s): ITIER, César
Date de réalisation: 15/02/2007
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Dans cet entretien, César ITIER, maître de conférences à l’INALCO, nous présente la famille linguistique quechua, d’un point de vue historique, linguistique et sociologique. Il nous expose également des pistes de recherche sur les traditions orales et écrites quechuas, telles que les contes ou encore le théâtre.
Spécialiste de la langue quechua César ITIER est chercheur au CELIA (Centre d’Etudes sur les Langues Indigènes d’Amérique) et au CERLOM (Centre d’Etudes et de Recherches sur les Littératures et Oralités du Monde). Ses thèmes de recherche sont la tradition orale quechua, le théâtre quechua colonial et moderne, la philologie des textes quechuas coloniaux, la linguistique historique et la dialectologie du quechua.
Sujet: Linguistique et langues
Topique: Dialectologie
Domaine: Education et formation linguistiques
Domaine: Langues et cultures des Ameriques
Domaine: Linguistique
Domaine: Philologie
Domaine: Traduction, traductique
Mots-clés: linguistique ; dialectologie; philologie; phonologie ; syntaxe ; grammaire ; traduction
Localisation spatiale du sujet: Cordillère des Andes ; Argentine ; Bolivie ; Equateur ; Pérou
Aspects rhétoriques et discursifs: Entretien ; Discours littéraire ; Exposé spécialisé
Sujet: Littérature orale
Topique: Littérature orale quechua
Mots-clés: Littérature orale; Tradition orale; Langue quechua; Andes
Genre: Conte
Genre: Mythe
Localisation spatiale du sujet: Argentine ; Bolivie ; Equateur ; Pérou
Aspects rhétoriques et discursifs: Entretien ; Discours littéraire ; Exposé spécialisé
Les contes (ou "willakuykuna" en quechua) sont des formes littéraires qui proviennent de la tradition orale andine quechua. Dans les Andes, les contes constituent un élément essentiel du savoir oral, étant à la fois un mode d'apprentissage des comportements sociaux, des évènements historiques et des éléments importants du paysage. Les contes enseignent ainsi aux jeunes générations des connaissances fondamentales concernant la culture andine et son environnement naturel et social (plantes, animaux, phénomènes naturels, organisation sociale, etc.) Les contes quechuas constituent donc une ressource littéraire fondamentale pour la compréhension des cultures andines, de leurs modes de pensée et d'expression. A la fois formes littéraires, modes de divertissement et pratiques didactiques, ils représentent ainsi une part importante de l'identité andine quechuaphone actuelle.
Sujet: Les langues du monde
Topique: Quechua (langue)
Mots-clés: quechua ; langue ; famille de langue ; amérique du sud ; linguistique ; conte ; éducation ; transmission familiale
Localisation spatiale du sujet: Cordillère des Andes ; Argentine ; Bolivie ; Equateur ; Pérou
Aspects rhétoriques et discursifs: Entretien ; Discours littéraire ; Exposé spécialisé
Le quechua est une langue amérindienne de structure agglutinante appartenant à la famille de langue quechua. Parlé par une dizaine de millions de locuteurs, le quechua s’étend sur un vaste territoire allant du sud de la Colombie jusqu’au nord-ouest de l’Argentine, en passant par l’Equateur, le Pérou et la Bolivie. A l'INALCO, est enseignée la langue quechua méridionale, qui regroupe des dialectes parlés dans le sud du Pérou et en Bolivie.
Nom: ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias - Archives Audiovisuelles de la Recherche)
Rôle: Producteurs d'oeuvres audiovisuelles
Adresse: FMSH (Fondation Maison des Sciences de l'Homme), Paris, France
ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias - Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l'Homme), Paris, France
Nom: LEGRAND
Prénom: Valérie
Rôle: Analyste d'oeuvres audiovisuelles
Appartenance: INaLCO - Institut national des Langues et Civilisations Orientales, France
Fonction: Anthropologue, Ingénieur d'étude
Doctorante en Anthropologie (CERLOM - Centre d’étude et de recherche sur les littératures et oralités du monde, INALCO), chargée de cours de quechua et de civilisation andine à l’INALCO, elle a également travaillé au sein de la section sur le Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO (Paris). Ses recherches portent sur la poésie chantée en langue quechua - wayno - en tant que patrimoine culturel immatériel, dans la région de Cusco (Sud du Pérou). Elle participe actuellement aux travaux de recherches du projet ASA-SHS (ESCoM-FMSH, France) à travers l’élaboration d’un portail audiovisuel en ligne concernant le patrimoine vivant des populations andines au Pérou et en Bolivie (traditions orales, langue quechua, musiques, fêtes, rituels, savoirs et savoir-faire). Cette vidéothèque culturelle et pédagogique s’appuie sur le témoignage des acteurs locaux afin de contribuer à la préservation, la diffusion et la revalorisation de leurs savoirs.
Type: Enquête ethnographique filmée
Auteur: LEGRAND Valérie, CHOQUE CCAHUANA Santiago, CHOQUE CRUZ Augustina
Url: http://www.arc.msh-paris.fr/Video.aspx?domain=ed1cae27-6734-441a-b814-6681c4cf65a5&language=fr&metaDescriptionId=83c1f4fb-6bf3-4e61-ad7e-56bef2929da8&mediatype=VideoWithShots
Cette vidéo présente la pratique orale de contes quechuas - willakuykuna - de la communauté paysanne de Chaupimayo, dans la région du massif de l'Ausangate, département de Cusco (Pérou). Santiago CHOQUE CCAHUANA et sa femme Augustina CHOQUE CRUZ nous relatent deux récits importants de leur région, l'Ausangate : la guerre de l'Ausangate et l'histoire de l'origine du lac Sigrinaqucha, référant à des éléments importants de l'histoire locale et du paysage environnant.
Type: Média écrit
Auteur: César Itier
ITIER, César, "Les Incas". Les Belles Lettres, Paris, 2008, 209 p.
Type: Guides pour étudiant
Auteur: César Itier
Collection Parlons..., L'Harmattan, 1997 Parlons quechua est un livre didactique dédié à l'apprentissage du quechua. César Itier enseigne le quechua à l'Institut national des langues et civilisations orientales, est chercheur associé au Centre d'études sur les langues indigènes d'Amérique (CELIA) du CNRS et est l'auteur d'un livre sur le théâtre quechua à Cuzco.
Type: Contexte "Education"
Public cible: Pour spécialistes
Présentation du quechua dans le cadre d'un enseignement sur le quechua à l'INALCO.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour spécialistes
Présentation de recherches sur le quechua d'un point de vue historique, linguistique et sociologique.
ITIER, César. " Introduction à la langue et à la tradition orale quechua ", Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°924, 2007, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/924/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias - Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l'Homme), Paris, France
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© DE PABLO Elisabeth, Ingénieur de Recherches, ESCoM-FMSH, Paris, 2007 © MAESTRE Alice, ESCoM-FMSH, Paris, 2006 © FILLON Richard, ESCoM-FMSH, Paris, 2006
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© ITIER César, Maître de conférences, INALCO, Paris, 2007
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse d’un entretien avec César ITIER
Langue(s): Français
Type: Analyses thématiques
Comment citer: FRISA Oriane, LEGRAND Valérie. "Analyse d’un entretien avec César ITIER" (Portail ARC, 2014) : http://www.arc.msh-paris.fr/
Id analyse: 37ca3759-4730-4ecf-b691-2f49d653ddf1
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Description d’une présentation de la langue Quechua par César Itier, maître de conférences à l’INALCO - Institut des Langues et Civilisations Orientales -.